Parcours interdisciplinaires

Résultats des parcours interdisciplinaires

Dans ce dossier

paysage avec prairie, rivière et champ de colza @Roben_david_pixabia libre de droit

Face à l’érosion de la biodiversité, les politiques publiques fixent un agenda ambitieux, qu’illustre par exemple en France la stratégie nationale pour la biodiversité. Celle-ci fixe ainsi un axe de protection et de restauration des écosystèmes qui vise à déployer des aires protégées sur 30 % du territoire, incluant 10 % de protection forte. Dans ce contexte, les politiques publiques environnementales se traduisent par des outils de contractualisation de plus en plus diversifiés et sophistiqués, qui ont pour la plupart un impact direct ou indirect sur les droits de propriété foncière qu’il s’agit de documenter empiriquement.

composition photo papillons, prairie pâturée par des chevaux, buse variable perchée @Goudet, UEPAO, Beltramo

Enrayer l’érosion de la biodiversité dans les milieux agricoles nécessite de développer des démarches et des outils qui permettent aux agriculteurs et aux collectifs agricoles de se réapproprier cet enjeu, pour mieux le gérer. Le projet ADORE avait permis de développer une démarche de gestion de la biodiversité sur les fermes qui proposait de ‘laisser la main’ aux agriculteurs quant à ce qu’ils veulent faire pour conserver/favoriser la biodiversité, en pilotant ces projets avec ‘une logique de résultats’. Cependant, la diffusion de cette méthode pouvait être limitée par 1) l’adhésion des agriculteurs ou des collectifs agricoles à la démarche et aux objectifs de préservation/restauration de la biodiversité et 2) le choix des indicateurs les plus pertinents pour suivre les résultats des actions engagées en faveur de la préservation/restauration de la biodiversité.

Photo BIOFORDIV © Boivin

Situés à un carrefour biogéographique entre influences atlantiques et méditerranéennes, les écosystèmes forestiers d’Occitanie et leur biodiversité sont particulièrement impactés par les changements climatiques et leurs conséquences fonctionnelles dans les biocénoses. Notre capacité à relever des enjeux de conservation face aux perturbations environnementales repose en partie sur le développement d’outils de suivi et de quantification de la biodiversité plus rapides, moins coûteux et non létaux. Ils peuvent contribuer à la production d’indicateurs du potentiel de résilience de ces forêts aux perturbations, sur lesquels l’adaptation d’une gestion forestière favorable à la conservation de la biodiversité pourra se baser.

nacelle avec 2 personnes pour installer des capteurs dans la canopée @C. Couteau_UMR EFNO INRAE

La rétention d’arbres-habitats pérennes, épargnés par les coupes, est une recommandation en faveur de la biodiversité forestière. Les changements climatiques en cours exposent ces arbres à des stress accrus (sécheresse, canicule, parasites et phytophages) entraînant des dépérissements, en particulier au sein de trouées en régénération. Les gestionnaires s’interrogent sur l’efficacité des arbres de rétention dans ces situations : les espèces forestières associées peuvent-elles réaliser leur niche si l’arbre dépérit rapidement ?

Photo METAGROFORESTRY © INRAE

Les systèmes agroforestiers (SAF) associent arbres, cultures et/ou pâturages afin d’optimiser la production agricole tout en améliorant la fourniture de services écosystémiques. Leur fonctionnement repose sur des interactions complexes entre sous-unités végétales et pédologiques, dont l’intensité dépend étroitement de l’organisation spatiale du système et des pratiques agricoles associées. Parmi les processus clés gouvernant ces interactions, le cycle de l’azote joue un rôle central dans la productivité végétale, la fertilité des sols et la durabilité des SAF.

iSERV lac Annecy © J.Guillard

La diversité intraspécifique joue un rôle majeur dans le fonctionnement des écosystèmes. Cependant, elle est fortement affectée par les activités humaines. Par exemple, les poissons d’eau douce sont soumis à la pression du changement climatique, à la pêche, à la pollution et aux pratiques de gestion telles que le repeuplement. Ces espèces soutiennent des services écosystémiques majeurs, comme la production halieutique, la régulation des nutriments et la qualité de l’eau. La modification de leur diversité intraspécifique pourrait donc d’avoir des conséquences écologiques et socio-économiques importantes

Vue aérienne du dispositif de 160 parcelles : une étude approfondie de 40 traitements de prairies et d'agroprairies, avec quatre réplicas chacun, sur le site de Crouël à Clermont-Ferrand, géré par INRAE

Le projet MODIMIV vise à modéliser les relations entre diversité microbienne et végétale dans les agroécosystèmes multi‑spécifiques, notamment les prairies, afin d’améliorer la simulation des flux de carbone (C) et d’azote (N) et de mieux synchroniser l’offre et la demande en nutriments. L’objectif initial était de dépasser les limites des modèles existants, qui intègrent souvent la biodiversité de manière implicite ou simplifiée, en développant des simulateurs explicites et dynamiques capables de représenter les interactions biotiques.

Lac envahi par de la Jussie © Alain Dutartre (Irstea)

La gestion des espèces exotiques envahissantes pose des problèmes complexes relevant d’approches interdisciplinaires couplant écologie et économie. Les outils bio-économiques d’aide à la décision sont encore peu développés et les modèles existants souffrent notamment d’un manque de réalisme écologique, d’une complexité importante les rendant peu applicables à des cas concrets et d’une relative déconnexion avec les problématiques et besoins rencontrés par les gestionnaires de milieu. Ils fournissent généralement des résultats généraux ayant relativement peu d’impact sur le terrain.

Émergence des graines contenues dans des échantillons de sols viticoles méditerranéens © M. Faucher

L’intensification agricole a dégradé les écosystèmes et il est désormais nécessaire de mieux prendre en compte le rôle écologique de la biodiversité dans les agrosystèmes et les services écosystémiques. Depuis deux décennies, les vignobles améliorent leur gestion durable en en privilégiant les plantes de couvertures en inter-rangs pour limiter l’érosion des sols, une gestion extensive des bordures de parcelles, des réseaux de fossés. Ces pratiques maintiennent une végétation spontanée, source de nombreux services écosystémiques dont par exemple la régulation des écoulements, la maîtrise de l’érosion hydrique ou la rétention des polluants organiques. Ceci est un enjeu majeur notamment dans les vignobles méditerranéens pour lesquels le changement climatique risque d’accentuer les épisodes pluvieux intenses.

La pie-grièche écorcheur (Lanius collurio), une des espèces cibles du projet ADORE © Stéphane Etienne - Pixabay

Le dernier rapport de l’IPBES (2022) fait le constat alarmant que la biodiversité continue de décliner au niveau mondial. Dans les milieux agricoles, l’intensification des pratiques est la principale pression associée à ce déclin. De nombreuses initiatives ont été lancées en Europe pour accompagner les agriculteurs motivés pour accueillir une riche biodiversité sur leur ferme. Les Mesures Agro-Environnementales (MAE) de la PAC sont « orientées vers l'action » et s’accompagnent de moyens financiers incitatifs pour les agriculteurs s’engageant dans de « bonnes » pratiques. Cependant leur efficacité est controversée. Ces démarches étant principalement guidées par une « logique de moyens », certains scientifiques suggèrent de les orienter clairement vers la fourniture de résultats concrets. En d’autres termes, conditionner les paiements à l'obtention de résultats. Ne faut-il pas s’y prendre autrement pour préserver la biodiversité ? Ne vaudrait-il pas mieux penser et agir dans une « logique de résultats » ?

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